Entremêlant des récits hétéroclites autour de l’animation des salons de coiffure et de célébrités déchues, l’exposition personnelle d’Akosua Adoma Owusu dresse le portrait de la complexité de la vie des Noirs. Dans un style au rythme effréné qui réaffirme l’importance du corps noir et de son interaction dans l’espace, elle se fait le reflet d’histoires personnelles tout en les associant à des problématiques politiques plus larges. Cette approche est fortement empreinte de la « triple conscience » qu’a l’artiste d’être un individu pris entre trois cultures aux États-Unis.
Akosua Adoma Owusu, Welcome to the Jungle, 2019; installation view, CCA Wattis Institute; "Me Broni Ba” [detail], 2009; Courtesy of the artist; Photo: Johnna Arnold
Akosua Adoma Owusu est une cinéaste ghanéo-américaine au sens le plus large du terme. Elle raisonne et présente son travail dans le cadre du grand format qu’exige le cinéma. Son thème est un mélange hybride de narrations politiques et profondément intimes autour de la manière dont nous percevons l’identité noire et la façon dont elle est déformée, appropriée et niée. À la manière d’un collage, elle invente des histoires en mélangeant paysages urbains locaux, intérieurs de salon de coiffure et mouvement des corps évoluant entre ces espaces. La présentation de ses œuvres dans un environnement institutionnel comme le CCA Wattis Centre for Contemporary Arts de San Francisco contraste avec les moments d’intimité capturés, comme celui d’enfants s’endormant alors que leurs cheveux sont en train d’être tressés, ou d’une femme assise dans un fauteuil de salon de coiffure avec des bigoudis. Elle nous incite à nous rapprocher de l’écran et de la scène, nous donne envie de faire partie intégrante de l’histoire, touchés par le crépitement de l’audio dans Split Ends (2012) – qui a remporté le prix Tom Berman du réalisateur le plus prometteur au festival de cinéma Ann Arbor Film Festival – ou d’être dans la foule dans Pelourinho: They Don’t Really Care About Us (2019).
6) Akosua Adoma Owusu, Welcome to the Jungle, 2019; installation view, CCA Wattis Institute; « Split Ends, I Feel Wonderful” [detail], 2012; Courtesy of the artist; Photo: Johnna Arnold
Akosua Adoma Owusu, Welcome to the Jungle, 2019; installation view, CCA Wattis Institute; « White Afro” [detail], 2019; Courtesy of the artist; Photo: Johnna Arnold
Akosua Adoma Owusu, Welcome to the Jungle, 2019; installation view, CCA Wattis Institute; « Me Broni Ba” [detail], 2009; Courtesy of the artist; Photo: Johnna Arnold
L’exposition « Welcome to the Jungle » était à voir au CCA Wattis Centre for Contemporary Arts, à San Francisco, États-Unis, jusqu’au 27 juillet 2019.
Akosua Adoma Owusu (née le 1er janvier 1984) est une cinéaste, productrice et réalisatrice ghanéo-américaine dont les films et les installations abordent les conflits d’identité des immigrés africains aux États-Unis, dotés d’une « triple conscience ». Owusu réinterprète la notion de « double conscience » développée par Du Bois en créant un troisième espace cinématique ou conscience qui représente diverses identités, dont celles des femmes, des queers et des immigrants américains dans leurs interactions avec les cultures africaines et les cultures américaines blanche et noire.
Nan Collymore est auteure et programmatrice de manifestations artistiques et créatrice de bijoux en cuivre à Berkeley, en Californie. Née à Londres, elle vit aux États-Unis depuis 2006.
Ce texte a été initialement publié dans la seconde édition spéciale de C& #Detroit et a été commandé dans le cadre du projet « Show me your Shelves », financé par et faisant partie de la campagne d’une année « Wunderbar Together » (« Deutschlandjahr USA »/The Year of German-American Friendship) du ministère fédéral des Affaires étrangères.
Traduit de l’anglais par Myriam Ochoa-Suel.
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