THE EFF ANNIVERSARY

Politique et art socialiste – Le premier anniversaire de l’EFF

It was the lead up to the first anniversary rally of South Africa’s second strongest and youngest opposition party, the Economic Freedom Fighters. The party anticipated that thousands of its supporters, probably in the party’s red overall and beret uniform, would take to Thokoza Park in Soweto to celebrate the EFF’s first birthday.

“… A hundred meters from the stage, there emerged a portrait of Malema in the profile of China's erstwhile leader Mao Zedong. It was hoisted high above the multitudes of red. It was an ecstatic moment of symbolic reconstitution of the 60,000 into a single force in the form of Malema as Mao.”

By Stefanie Jason

Les préparatifs de la célébration de la première année d’existence de l’un des deux plus jeunes et plus importants partis d’opposition en Afrique du Sud, l’Economic Freedom Fighters, étaient en cours. Le parti avait prévu que des milliers de ses partisans, sans doute portant le béret et l’uniforme rouges caractéristiques, se rendraient au parc Thokoza de Soweto pour célébrer ce premier anniversaire de l’EFF.

S’il s’était agi d’un tableau, le rassemblement aurait pu vaguement évoquer le Night of Ruins de Karl Hofer, peint en 1947, ou plus concrètement le Défilé du 1er mai à Moscou de Diego Rivera datant de 1956 ; ce sont en tout état de cause les associations d’idées que suscite l’histoire récente de l’EFF. C’est à peu près à la même époque en 2013, que Julius Malema, enfant terrible et chef destitué de la ligue de la jeunesse du parti au pouvoir, avait lancé son parti « marxiste léniniste et fanonien » assorti de l’emblème marquant et de l’uniforme rouge grand teint.

Dans un pays où le parti de la libération, l’ANC, a perdu nombre de ses partisans à la suite des accusations de corruption ayant mis à mal la réputation de son président, Jacob Zuma, et du fait de l’immuable attachement aux dogmes économiques du néo-libéralisme, ce nouveau parti aux accents socialistes qui se range derrière les travailleurs et leur émancipation économique est devenu – malgré les affaires de corruption auxquelles Malema lui-même se trouve confronté- une force bien visible sur la scène politique sud-africaine. Le parti s’est même emparé de l’espace rhétorique radical et socialiste autrefois revendiqué par le Parti communiste sud-africain et la ligue de la jeunesse de l’ANC.
Maolema_Supplied

Et en sa première année, alors que le mouvement, petit frémissement d’un millier d’adhérents devenu une grosse vague rouge de plus d’un million d’électeurs aux élections de 2014 en Afrique du Sud, a gagné en ampleur, l’esthétique du parti est devenue plus reconnaissable et sa présence est ressentie avec plus de netteté.

L’EFF est partout – sur les affiches le long des rues, en logos peint à la bombe sur les murs ou en ligne- et son emblème est omniprésent : un poing noir brandissant une lance se dresse du sud de l’Afrique sur tout le continent- à sa base une plate-forme pétrolière, à son sommet une étoile. Cette image, ce logo, est un apologue nationaliste africain qui prône haut et fort l’expropriation sans contrepartie et la nationalisation des secteurs stratégiques de l’économie. Le poing serré, image habituelle de la lutte, se dresse audacieusement et il rappelle les affiches datant de la guerre d’Espagne à la fin des années 30, tout comme celles du Mouvement de conscience noire d’Afrique du Sud dirigé par Steve Biko ; l’étoile communiste à cinq branches est elle couramment tenue pour le symbole des cinq doigts de la main d’un ouvrier. Quant à la plate-forme pétrolière, représentant la politique du parti qui réclame la nationalisation des mines du pays, c’est un retour, notamment, sur la Chine communiste où, à partir de 1949, appareils de forage et usines donnèrent lieu à des affiches de propagande montrant le leader du parti communiste chinois, Mao Tsé-toung mettant en place l’industrialisation de la République populaire de Chine .

Cette correspondance entre l’imagerie apparue à l’époque du leadership de Mao et le lancement de l’EFF n’a pas échappé au parti sud-africain. En mars, peu après le lancement du programme électoral à Tembisa, aux abords de Johannesburg etdeux mois avant les élections générales dans le pays, la photo d’une foule exhibant un immense portrait de Malema, portant béret et chemise rouges, le visage solennel, a circulé sur Internet. Dans la chronique d’une publication régionale, le député EFF Andile Mngxitama rappelle l’événement. « À une centaine de mètres de la scène, raconte-t-il, émergea un portrait de Malema sur le modèle de l’ancien dirigeant chinois, Mao Tsé-toung. Il était porté bien en hauteur bien au-dessus de la masse rouge. Ce fut un moment d’extase où une foule de 60 000 personnes se trouva symboliquement réunie en une seule force sous la forme de Malema en Mao. »

Mngxitalam ne fut pas seulement accusé d’idolâtrie ; sa chronique donna naissance à l’image de Malema superposée sur le portrait fameux de Mao créée par le collectif d’art sud-africain Xcollektiv. Sur un ciel orageux et devant une licorne blanche, Malema y figure vêtu simplement, le visage extrêmement rouge. S’adressant au LA Times, un artiste qui avait travaillé sur le portrait haut de trois étages de Mao Tsé-toung suspendu en place Tian’anmen, déclare que ce teint rouge n’est pas sans raison.
« Le visage de Mao avait été peint en rouge vif pour montrer sa force de caractère. Impossible de le faire trop jaune, cela lui aurait donné un air maladif, comme s’il n’avait pas mangé depuis plusieurs jours. Vous auriez été accusé d’être un contrerévolutionnaire. » Et à partir de 1960, l’Armée populaire de libération de Mao Tsé-toung fut de plus en plus « utilisée pour renforcer le culte de la personnalité autour de Mao, et donc pour produire un art susceptible de contribuer à la construction d’une image divinisée de Mao », selon chineseposters.net.

Mais le culte de la personnalité ou l’idolâtrie d’un dirigeant, dans le style de l’affiche représentant Malema, celle de Mao sur la place Tian’anmen, ou même les images et effigies largement répandues de Joseph Staline alors à la tête de l’Union soviétique, furent dénoncés par les fondateurs même de la théorie marxiste, Karl Marx et Friedrich Engels, si l’on en croit un discours prononcé en 1956 par Nikita Khrouchtchev , premier secrétaire du parti communiste, trois ans après la mort de Staline. « « Marx et moi-même nous avons toujours été opposés toute manifestation publique concernant les individus, à l’exception des situations où cela avait un but important. Nous sommes fortement opposés à toute manifestation de cette nature qui nous ont concernés personnellement durant notre vie, » disait Engels. »

Rebondissant sur les propos de Engels, Xcollektiv, connu pour la critique satirique des hommes politiques, souligne que le théoricien révolutionnaire Frantz Fanon, auteur d’une philosophie dont se réclame l’EFF, était lui aussi très critique face à cette idolâtrie portée à l’image du leader et héros. Revenant à l’affiche « maolema » de Malema en Mao au rassemblement, Xcollektiv – dont les membres ont choisi de garder l’anonymat- me dit que la « caricature était, bien sûr, destinée à dire d’une certaine façon, Malema ressemble beaucoup à Mao, parce que tous les deux sont des leaders puissants, » mais cette représentation de Malema en tant que quasi divinité est problématique du point de vue du collectif, parce que «  le soutien inconditionnel d’un leader en tant que tel conduit inévitablement à trahir la révolution ».

Et lorsque Malema, coiffé d’un béret dans le style de Thomas Sankara, icône de l’EFF, apparaît dans les médias avant le rassemblement du premier anniversaire de son parti, il est difficile d’éviter les questionnements autour du culte de la personnalité soulevés par sa représentation. Parallèlement il n’est pas impossible d’envisager d’autres manifestations artistiques potentielles auxquelles le parti pourrait donnait lieu alors qu’il continue de générer ça et là des flammèches dans le paysage politique du pays qui, en son temps, afficha présomptueusement les couleurs de l’arc en ciel lors de la chute de l’apartheid.


Stefanie Jason vit à Johannesburg, elle est productrice de contenus et auteur spécialisée dans le domaine des arts pour la publication sud-africaine Mail & Guardian. Ses écrits sont consacrés essentiellement aux arts visuels dans le pays à la musique.

 


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