Dak’Art 2014

«  Nous voulons garder cet esprit de liberté  »

C& En conversation avec Mauro Petroni, initiateur et coordinateur du DAK'Art OFF.

Dak'Art OFF © Filippo Brancoli Pantera

 

C& : Comment avez-vous entamé votre aventure professionelle/artistique à Dakar ?

Mauro Petroni  : Cela a commencé dans les années 1980, c’était un cocktail d’aventure et de découverte, une envie de réaliser des choses… Les différentes cultures n’étaient pas du tout en contact entre elles, chaque démarche permettant la rencontre de l’autre était une source d’émerveillement. J’ai eu la chance de pouvoir m’installer dans cet atelier de céramique au bord de la mer où je suis toujours et que j’ai réussi à entretenir et à faire vivre si longtemps…

Dak'Art OFF © Filippo Brancoli Pantera

Dak’Art OFF © Filippo Brancoli Pantera

C& : Vous avez initié le Dak’Art OFF. Depuis quand ? Quel a été la motivation qui vous a poussé à faire ce projet ?

MP  : Pendant l’année 2000, nous avons constaté que la Biennale était en train de prendre un certain élan. L’attention internationale augmentait de pair avec l‘intérêt de tous les opérateurs sénégalais. Il fallait trouver une astuce pour impliquer tout le monde : le plus simple était de donner plus d’importance aux initiatives individuelles. Ma motivation avait simplement pour objectif d’insuffler plus de vitalité à la Biennale, et à travers elle, à la scène de l’art contemporain à Dakar dont je faisais partie.

Remy Sagna et Ousseynou Wade, les secrétaires généraux consécutifs de la Biennale pendant cette période, ont tous les deux fait preuve d’une grande intelligence. Laisser pleine liberté aux initiatives, leur donner un label et les valoriser dans un OFF «  institutionnel » (un escamotage!) nous permettait d’élargir la scène pour un minimum de frais.

Dak'Art OFF © Filippo Brancoli Pantera

Dak’Art OFF © Filippo Brancoli Pantera

C& : Et comment considérez-vous l’évolution du Dak’Art OFF – en terme de sites, de participations et de formats présentés ?

MP  : Le succès de la formule fut immédiat. En l’espace de deux éditions, nous avons dépassé les cent sites d’exposition sur Dakar. Mais il y a eu beaucoup de critiques sur le plan de la qualité des événements. J’ai toujours pensé  que ce n’était pas un critère fondamental : un public averti est capable de faire la part de choses. Mais il faut dire qu’avec le temps, le mécanisme s’était un peu sclérosé, la vitalité n’était plus qu’ apparente et se traduisait par un grand nombre de lieux mais trois quart d’entre eux ne constituaient pas une bonne vitrine : et pourtant cela a toujours fait vivre, travailler et rêver pas mal de jeunes, et il y a toujours eu un petit nombre de bonnes expositions qui redonnent tout son sens à la manifestation. Beaucoup d’artistes sénégalais ont grandi à travers le OFF.

C& : Et qui peut participer au Dak’Art OFF? Quels sont les critères de sélection ?

MP  : C’est connu, tout le monde peut participer et il n’y a aucun critère à remplir si ce n’est le fait d’exposer une œuvre d’art contemporain. Nous nous rendons bien compte que ce principe ouvre la porte à de nombreux amalgames, mais nous ne disposons ni des moyens ni du temps nécessaire pour contrôler deux cent propositions, dont les trois quart arrivent après les délais! Et puis nous voulons garder cet esprit de liberté qui va de pair avec improvisation et amateurisme, mais aussi avec fraîcheur et sympathie. Avant il y avait une échelle de qualité, les «  vrais  » artistes préféraient être dans le IN. Aujourd’hui ils ont compris que la visibilité est la même, et j’ai la conviction que la qualité du OFF est en train de monter.

Dak'Art OFF © Filippo Brancoli Pantera

Dak’Art OFF © Filippo Brancoli Pantera

C& : Dak’Art et le OFF – sont-ils concurrents ou complémentaires ? Dans quel mesure ?

MP  : Vous avez bien compris que les deux choses sont étroitement liées. Je pense que si quelqu‘un essayait de mettre ces deux manifestations en concurrence, il risquerait une mort certaine ! On entend dire que le OFF est la meilleure partie de la Biennale, cependant il ne pourrait pas exister sans le support médiatique et identitaire de la vraie Biennale.

 

C& : Quelques idées et prévisions : Où se situe Dak’Art OFF cette année ? Qu’est-ce-qui nous attend ?

MP  : Le meilleur et le pire ! Il y aura de grandes expositions presque institutionnelles, comme Ousmane Sow et Iba Ndiaye, des fondations qui présentent leurs projets, comme Benetton ou Blachère, et des sites qui sont assez vastes pour recevoir plusieurs événements. Nous assisterons aussi à des festivals de street art, d’art’s laboratory, et à des parades dans l’espace public. À Saint-Louis un pôle du OFF se consolide avec des manifestations très significatives. Il y a beaucoup de propositions qui viennent d’autres pays africains, des artistes qui sont amenés par des instituts et délégations, mais qui s’inscrivent désormais dans le cadre du OFF. Et nous avons dépassé le 250 inscriptions  !!! Le problème, c’est que tout le monde veux faire son vernissage dans les premiers cinq jours, il faudra courir d’un endroit à l’autre !

Mauro Petroni, né à Lucca, Italie, vit et travaille à Dakar depuis 1983. Il crée l’atelier « Céramiques Almadies », lieu de production de céramiques. Petroni est commissaire pour les manifestations d’environnement de Dak’Art OFF depuis 2002.

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Propos recueillis par Aïcha Diallo

 

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