In Search Of... by Musa Nxumalo

The Kids Are Alright

Musa Nxumalo s’entretient avec Stefanie Jason pour évoquer son exposition de photographies noir et blanc, textes et vidéos composent la toute dernière exposition au Goethe Institut de Pakrwood, à Johannesburg.

Musa Nxumalo, The Woods Night Club, Newtown, Johannesburg, courtesy of the artist

By Stefanie Jason

Photographies noir et blanc, textes et vidéos composent la toute dernière exposition de Musa Nxumalo, photographe natif de Soweto qui, avec In Search Of, continue à documenter et à explorer la culture de la jeunesse  –  thème auquel il s’était déjà intéressé en  2008 lors de sa première exposition fort remarquée, intitulée Alternative Kidz. La même année, Musa Nxumalo participe au programme de mentorat Edward Ruiz, après être passé par le Market Photo Workshop de Johannesburg. Il s’entretient aujourd’hui avec Stefanie Jason pour évoquer son exposition au Goethe Institut de Pakrwood, à Johannesburg qui se tient jusqu’au 31  mai  2015.

Stefanie  Jason  : Votre dernière exposition, In Search Of, panache des photographies extraites de deux autres de vos travaux, Alternative Kidz et In/Glorious, lesquels explorent les cultures urbaines de la jeunesse noire. Comment le titre In Search Of  vous a-t-il été inspiré  ?

Musa Nxumalo  : In Search Of est un projet qui invite à la découverte de soi. Au départ, son idée répond à un besoin d’exprimer mon inquiétude face aux dysfonctionnements générationnels des communautés noires les plus démunies, notamment de ma propre communauté d’Emdeni, à Soweto. Ce projet, qui est une véritable échappatoire personnelle à ce phénomène, s’inscrit également comme une documentation cherchant à encourager ces communautés à briser ce cycle.

SJ  : Le travail de In Search Of s’articule principalement autour de In/Glorious. Pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet  ?

MN  : J’ai tourné In/Glorious en 2011 dans mon quartier, à Emdeni, même s’il n’a été présenté officiellement qu’en 2015, à l’occasion de l’ouverture de galerie. Le projet répond à certaines des questions que je me posais et dont j’avais envie de parler après avoir fait Alternative Kidz. Le projet s’inspire en grande partie du climat socio-politique de l’Afrique du Sud et traduit également mes craintes d’être perçu comme un photographe limité à documenter les cultures «  cool  » ou alternatives de Johannesburg et de Soweto. Avec Alternative Kidz, je n’étais peut-être pas encore prêt à évoquer des problèmes socio-politiques  – à la grande différence de In/Glorious.

Alternative-Kidz, courtesy of the artist

Musa Nxumalo, Alternative Kidz, courtesy of the artist

SJ  : Seriez-vous ainsi d’accord pour dire que les sujets abordés dans In/Glorious sont «  mainstream  »  ? Et le cas échéant, pourquoi s’aventurer sur ce chemin glissant  ?

MN  : Oui, je ressens le besoin de m’entourer de gens s’assurant que la langue que j’utilise est la bonne. Ce projet est un masque pour parler de questions sous-jacentes [la jeunesse] dans la société. Il me semble que ce monde artistique grand public tend de manière excessive à affirmer le côté «  cool  » de ces jeunes et manque singulièrement de sens critique face aux problèmes que connaît véritablement cette jeunesse. Un artiste doit, selon moi, se faire le reflet de la société actuelle. Et avec In Search Of, j’ai voulu ouvrir cette fenêtre à mon public.

SJ  : Vous évoquez des problèmes socio-politiques. Pensez-vous que vos photographies illustrant la jeunesse du township abordent certains de ces problèmes  ?

MN  : Je pense qu’aujourd’hui, l’accès aux informations n’a jamais été si grand  ; tout est immédiatement palpable sans l’être vraiment. Quand je parle de ces problèmes qui me préoccupent, je fais souvent référence aux enfants noirs du quartier et à leur désir de sortir des frontières du township. La glorification du ghetto et la romancisation de la vie du township sont deux éléments de notre culture qui nous empêchent d’avancer.

Kwamagali_Street_Bash, courtesy of the artist

Musa N. Nxumalo, Kwamagali_Street_Bash, courtesy of the artist

SJ  : Pensez-vous pouvoir identifier certains de ces problèmes  dans les sujets abordés par vos photographies  ?

MN  : Absolument, je suis l’un d’entre eux. Pour moi, ce projet est un autoportrait, et non quelque chose que j’observerais de loin. J’ai grandi dans leur communauté.

SJ  : Dans la mesure où vos photos documentent la culture des jeunes, vous considérez-vous comme un photographe documentaire  ?

MN  : Mon travail s’intéresse en effet à documenter les choses mais en entrevoyant la documentation à une très large échelle, si vous voulez. Pourtant je n’arrive pas à m’identifier comme un photographe documentaire, puisque ce pan de la photographie a un genre bien à soi et une longue histoire derrière elle. Je préfère m’imaginer comme dans la peau d’un artiste, mais mes photographies abordent des thématiques d’aujourd’hui et de notre actualité.

SJ  : Les textes des images, ou les citations, de l’exposition sont extraits d’une page Facebook et examinent les questions de société qui touchent les jeunes d’Ekasi [le township], tel que l’abus de drogues ou le manque d’infrastructures ou de ressources dans le quartier. D’ou vous est venue cette idée  ?

MN  : En travaillant à partir de ces citations trouvées sur Facebook entre 2014 de 2015, je voulais en quelque sorte donner une voix aux images de In Search Of, et prolonger une conversation qui avait déjà eu lieu. Au moment où j’ai recueilli les citations, les réseaux sociaux parlaient d’un suicide et d’un violent incident survenu le 31 décembre dans lequel un homme avait été poignardé. L’ambiance était fiévreuse. Et les jeunes de mon quartier se servaient de Facebook pour en parler. C’est ainsi que le projet est né.

exhibition view (c) Palesa Motsomi

exhibition view (c) Palesa Motsomi

SJ  : Le suicide du jeune photographe renommé Thabiso Sekgala, également passé par le Market Photo Workshop, a fait du suicide une question d’actualité pour les médias, mais aussi une thématique que vous avez abordée dans votre exposition. Pourriez-nous nous en dire davantage à ce sujet  ?

MN  : Pour moi, le suicide va bien au delà d’un manque d’argent ou d’une dispute avec sa petite amie. Je pense qu’il fait partie de notre société et qu’il démontre que nous recherchons quelque chose sans vraiment savoir ce dont il s’agit. Là, tout de suite, je ne peux pas comprendre exactement la raison du suicide et en expliquer «  la cause  », mais c’est une question que cette génération et que les artistes devraient explorer.

Musa N. Nxumalo, In Search of…, du 9  avril au 31  mai  2015, Goethe Institut, Johannesburg, Afrique du Sud

Stefanie Jason  vit à Johannesburg et écrit dans les colonnes arts et culture de la publication sud-africaine Mail & Guardian. Ses écrits s’intéressent principalement aux arts visuels dans le pays et dans la musique.

 


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